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COMPTE-RENDU POUR LA REVUE DU DROIT PUBLIC
VON
ARNIM (Hans Herbert). 1. Die Partei, der Abgeordnete und das Geld.
Parteienfinanzierung in Deutschland, Éd. Droemer/Knaur, Munich 1996, 303
pages. -
2. Fetter Bauch regiert nicht
gern. Die politische Klasse -
selbstbezogen und abgehoben, Éd. Kindler, Munich 1997, 462 pages.
- 3. Diener vieler Herren. Die
Doppel- und Dreifachversorgung von Politikern, Éd. Droemer/Knaur,
Munich 1998, 303 pages. -
4. Vom schönen Schein der Demokratie. Politik ohne Verantwortung -
am Volk vorbei, Éd. Droemer/Knaur, Munich 2000 (éd. en livre de poche 2002,
409 pages). -
5. Das System . Die Machenschaften der Macht, Éd. Droemer/Knaur, Munich
2001.
Nous consacrons un compte-rendu
commun à ces cinq livres, car ils ont un même auteur et un thème commun:
la politique et l'argent. Le passé du professeur Hans Herbert von Arnim
explique qu'il s'agisse pour lui d'un thème pour lequel il est devenu le spécialiste
incontesté en Allemagne: tout d'abord, ses études ont porté tant sur le
droit que sur l'économie, puis il
a été pendant 10 ans le responsable de l'Institut de recherches de
la Fédération des contribuables. Après avoir obtenu l'agrégation de
droit public ä l'Université de Regensburg (Ratisbonne), il
a enseigné aux facultés de droit de Munich et Marburg; il enseigne
depuis 1981 le droit public à
l’Ecole des Sciences administratives de Spire (institution universitaire
chargée de la formation continue des hauts fonctionnaires allemands). Ce
qui est remarquable dans l'oeuvre du professeur von Arnim, c'est la volonté
d'étudier de façon réaliste le fonctionnement du système politique
allemand, alors que ses collègues donnent souvent une image irénique de
celui-ci.
Le premier des ouvrages recenses
a pour titre " Le parti, le député
et l'argent. Le financement des partis en Allemagne " Le thème
est le suivant: la classe politique se comporte comme une entente
(Kartell) entre partis qui vise à prélever des sommes importantes dans
les caisses de l'Etat afin de financer les partis, les groupes
parlementaires, les fondations de chacun des partis, les assistants
parlementaires des députés et les députés eux-mêmes (indemnités,
avantages en nature et pensions). La première partie (pp.
43 ä 130) est consacrée au financement des partis politiques: il montre
successivement le manque de transparence des finances partisanes,
l'importance des avantages fiscaux consentis aux partis (notamment au
travers du régime fiscal des dons) et l'ampleur du financement direct des
partis par 1'Etat. L'étude est menée tout d'abord au niveau des chiffres:
le livre est très riche en informations et l'auteur aboutit à la
conclusion qu'en 1994, les partis politiques allemands disposaient d'environ 923
millions DM (soit environ 480 millions
d'euros) dont les deux tiers provenaient des caisses de 1'Etat, soit 607 millions DM.(soit environ 315
millions d'euros), y compris les avantages fiscaux (p. 129). L'étude est également menée au regard des exigences
constitutionnelles telles qu'elles ont été dégagées au cours des
trente dernières années, par la Cour constitutionnelle fédérale (notamment
dans les décisions de 1958, 1968,
1979, 1986 et 1992 qui ont
toutes été analysées dans cette Revue, ä l'exception toutefois de la
première).
La seconde partie du premier
livre est consacrée à un thème généralement peu connu en France,
celui du financement des groupes parlementaires, des fondations de partis
et des collaborateurs de députés. L'auteur montre que les groupes
parlementaires du Bundestag et des 16
Landtag disposent de ressources de plus en plus considérables: en 1995, elles s’élevaient ä 107
millions DM (presque 50 millions
euros) pour le Bundestag (alors qu'elles ne s’élevaient qu'à 3,4
millions DM en 1966,p. 135)
et à 131 millions DM (presque 70 millions euros) pour les Landtag -, il montre aussi que les fonds des groupes parlementaires servent
de plus en plus au financement de dépenses partisanes, comme l'ont
d'ailleurs dénoncé certaines Cours des comptes. Quant aux versements de
fonds publics aux fondations de partis pour un soit-disant travail
d'éducation civique (gesellschaftspolitische und demokratische
Bildungsarbeit) ou pour aider la recherche scientifique ou les pays en
voie de développement, elles s'élevaient en 1996 à 620 millions DM (environ
320 millions euros) au lieu de 14 millions DM en 1994 (pp. 135 et 167). La
croissance a été d'autant plus rapide que l'opinion publique et la Cour
constitutionnelle fédérale ne se sont intéressées qu'au financement
des partis proprement dits et que les finances des fondations sont
particulièrement opaques. Enfin les fonds versés aux collaborateurs des
députés fédéraux et régionaux se sont élevés en 1995 à 230
millions DM (environ 120 millions euros). Si on ajoute les deux formes de
financement (directe et indirecte) des partis, on constate que pendant la
législature 1991-94, les partis politiques ont recu près de 6
milliards DM (3, 075 milliards euros) (p. 186).
La troisième partie du premier
livre est consacrée aux sommes qui sont versées directement aux députés.
Ces sommes se subdivisent pour le Bundestag et la quasi-totalité
des Parlements régionaux en deux parties: la rémunération dite
alimentaire et les indemnités pour frais. Le montant des rémunérations
"alimentaires" est assez élevé car la Cour constitutionnelle fédérale
a jugé que même les députés régionaux devaient être des politiciens
à plein temps, quoique, dans certains Länder, les fonctions de député
régional et de fonctionnaire puissent être cumulées. Ainsi en 1996, la
rémunération alimentaire variait de 11 300 DM (environ 5800 euros :
Bundestag et Landtag de Hesse) à 6000 DM (la plupart des Länder
territoriaux) ou 5 000 DM (Villes-Länder), Á cette somme
s'ajoutent les indemnités forfaitaires qui prennent un caractère global
au Bundestag (6 150 DM en 1996 et une voiture en propre) ou seulement
partiel (une somme forfaitaire à laquelle s'ajoutent des frais de déplacement
forfaitaires). En outre, l’auteur mentionne le versement de la rémunération
"allmentaire" pendant les quatre mois qui suivent la fin de
mandat et le versement de pensions de 7775 DM par mois (4000 euros) après
18 années de mandat. Pour remédier à la situation l'auteur recommande
que les décisions financières concernant la vie politique soient prises
en ce domaine par le peuple lui-même et non plus par les intéresses eux-mêmes
qui sont évidemment tentés de se servir généreusement.
Le second livre a pour titre "Un
ventre plein n’aime pas décider. La classe politique -
égocentrique
et éloignée de la base " 11 montre tout d'abord que les
politiciens forment une véritable classe sociale avec sa propre élite,
que celle-ci a des intérêts corporatifs à défendre, ce qui se traduit
par le contrôle des candidatures aux élections législatives par les
partis et par la préférence donnée au recrutement de fonctionnaires ou
de lobbyistes comme candidats, et qu'elle a simplement une volonté de
puissance, au besoin au moyen d'ententes entre les grands partis et en
s'en remettant assez largement à une oligarchie de dirigeants. Puis la
"symbiose entre la classe politique et la fonction publique" est
longuement décrite, du fait que les fonctionnaires sont omniprésents
dans les partis et que bien des emplois publics sont réservés aux
titulaires d'une carte de parti (Ämterpatronage). Puis vient la
description des relations étroites entre hommes politiques et lobbyistes.
Les conséquences d'une telle situation sont catastrophiques: Il n'y a
plus de séparation des pouvoirs, ni horizontale (les partis dominent les
trois pouvoirs), ni horizontale (les dirigeants des Länder se préoccupent
plus des intérêts de leur parti que de celui de leur Land) , les électeurs
ne peuvent plus se faire entendre de la classe politique et enfin, tout le
système fonctionne sans que soient prises les décisions importantes qui
s'imposent. Le remède est rapidement esquissé: introduire les votations
populaires au niveau fédéral comme au niveau des Länder (où elles
existent plutôt de façon théorique) et élection directe des chefs de
gouvernement des Länder.
Le troisième livre a pour titre "Serviteurs
de plusieurs maîtres . Les cumuls (doubles
et triples) de rémunération des politiciens L’ouvrage commence par
décrire le système de rémunération des députés fédéraux et régionaux;
ce faisant, il complète l’ouvrage précédent en donnant quelques
exemples particulièrement spectaculaires. Le plus extraordinaire est sans
doute le cas de Mme Yser, âgée de 35 ans en 1998. Quand elle quitta ses
fonctions (assez peu prenantes) de secrétaire d'Etat parlementaire, elle
reçut à la fois une rémunération transitoire (Übergangsgeld) de 11800
DM (6 000 euros) pendant les 3 premiers mois et de 4 400 DM (2 250 euros)
pendant les 33 mols suivants, ensuite une rémunération de la part d'un
lobby, l'Association des laboratoires pharmaceutiques, soit 400 000 DM par
an (205 000 euros) et enfin une rémunération de député du Bundestag de
12 350 DM par mois (6350 euros) et 20 000 DM par mois pour ses
collaborateurs. Enfin, quand elle aura 55 ans, elle aura déjà acquis une
pension de 5400 DM (2500 euros) par mois pour les cinq ans de secrétaire
d'Etat de 4000 DM par mois si elle a été députée pendant 7 ans et demi
(pp. 39 et suiv.).
Puis l’ouvrage donne des
indications sur les rémunérations des ministres et des secrétaires
d'Etat. Si la rémunération des ministres fédéraux apparaît encore
assez justifiée, les rémunérations des autres membres de gouvernement
sont excessives: si on y inclut les droits à pension, la rémunération
mensuelle brute des secrétaires d'Etat fédéraux s'élève ä 32710 DM
(4 5000 euros) alors qu'ils ont peu de travail et celle des ministres des
Länder s'élève ä 52 000 DM (26 5000 euros) alors que certains Länder
ne sont que des villes ou ont des territoires équivalents à un département
ou une petite région française. Enfin, l'auteur met en lumière la fréquence
des cumuls de rémunérations: député et ministre, député et maire, député
et ministre retraité, député et président de la chambre, et également
des cumuls de pensions, par exemple, si l'ancienne présidente du
Bundestag cesse d'être députée, elle recevra trois pensions comme
ancienne députée pendant 12 ans, ancienne présidente pendant 10 ans, et
ancienne ministre pendant trois ans, soit un total de 16 500 DM par mois
(8 500 euros).
Le quatrième livre a pour titre "De
la belle apparence de la démocratie. Politique sans responsables -
le peuple mis de côté " Ce livre a un double objet. Le premier
est de montrer que le fédéralisme n’est plus qu'une façade, non
seulement du fait que les assemblées régionales perdent constamment des
compétences au profit de la Fédération (ou parfois de l'Union européenne)
en vertu des révisions constitutionnelles, mais surtout du fait que le
pouvoir se concentre de plus en plus entre les mains des Ministres-Présidents,
lesquels font souvent passer l’intérêt de leur parti devant celui de
leur Land ou négocient avec le chancelier fédéral et les autres chefs
d'exécutifs régionaux de compromis sur les lois qu'ils proposeront ä
leur Landtag ou sur les ressources financières qui reviendront à leur
Land. Le second objet est de montrer que la classe politique s'oppose à
toute extension de la démocratie directe de peur de perdre son pouvoir.
Certes les institutions de la démocratie directe existent dans les
constitutions des Länder (voir le tableau que nous en avons dresse ä
l'occasion d'un colloque in: G.Conac / D.Maus, Le référendum, quel
avenir ? Expériences étrangères, La France, STH, 1990, p.53), mais
elles sont entourées de conditions si restrictives qu'elles ne
parviennent pas à se développer. En réalité, celles-ci ne sont
vivantes que dans le cadre des communes où elles fonctionnent de façon
très satisfaisante. Or ces institutions fonctionnent bien comme
d'ailleurs en Suisse et aux États-Unis.
Le cinquième livre à pour
titre:"Le système. Les machinations du pouvoir". Ce livre
traite à peu près tous tes les questions étudiées dans les autres
ouvrages et en constitue ainsi à la fois une mise-à-jour et une
sorte de synthèse. Le plan général est toujours le même. Dans un
premier temps, la réalité du fonctionnement des institutions allemandes
est dénoncé, puis des remèdes sont proposés. La description de la
situation est ainsi menée: le politicien n’est pas un homme recherché
pour son aptitude à mener une politique
nouvelle, mais pour son aptitude à servir la stratégie de conquête et
de consolidation du pouvoir de son parti. Les politiciens cherchent moins
à entrer en concurrence entre eux qu'à s'entendre pour venir au mieux de
leurs intérêts les règles du jeu politique, qu'il s'agisse du
quasi-monopole des désignations de candidats à l’élection ou du
financement des partis politiques. ou encore de l'aménagement des
rapports entre la fédération et les Länder. Pour conquérir et
maintenir son pouvoir, la classe politique est amenée à réserver les
nominations aux emplois publics aux seuls titulaires d'une carte de parti
tout en respectant l’équilibre des forces entre les parties prenantes,
à pratiquer la corruption en abusant systématiquement de son pouvoir
d'influence sur les décisions publiques, à s'assurer le contrôle des médias,
notamment ceux de la radio et de la télévision, dont les conseils
d'administration doivent comporter un nombre important de représentants
des forces politiques, à réserver des avantages divers aux professeurs
de droit constitutionnel susceptibles d'exercer une influence dans des
commissions de réflexion ou sur la jurisprudence, à contrôler entièrement
la désignation des juges constitutionnels de la Fédération et des Länder
(en Bavière, la CSU désigne seule tous les juges depuis cinquante ans).
Ainsi le système "officiel", celui de la Loi fondamentale et de
la science du droit constitutionnel, a de moins en moins: de points
communs avec le système de la pratique politique, système dans lequel le
citoyen n'a plus d'influence et où il n' y a plus de séparation des
pouvoirs, mais simplement un partage du pouvoir entre clans rivaux. Pour y
remédier, l'auteur propose de s'inspirer de la réforme démocratique
intervenue entre 1890 et 1970 aux États-Unis, à savoir le recours
à I’élection directe au moins pour les Ministres-présidents des
Länder, un droit é1ectoral dans lequel les partis n’ont plus le
quasi-monopole des candidatures aux élections et dans lequel le scrutin
par liste est assoupli, la compétence exclusive du peuple pour modifier
la constitution et les règles législatives du jeu politique (droit électoral,
droit des partis), a un droit d'initiative et de votation législative et
enfin élit directement les ministres-présidents des Länder.
Tels sont rapidement présentés
cinq livres qui émanent d'un des meilleurs auteurs critiques du système
des partis en Allemagne et qui ont le mérite de donner accès à des
informations souvent difficiles ä trouver dans les ouvrages de pur droit
constitutionnel.
Michel FROMONT
(aus:
Revue du droit politique 2003, S. 1203-1207)
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Stand:
09.10.2003
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